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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/210

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194 OEUVRES

perçoive rien, ou de celuy qui pense qu'il n'y a rien, parce qu'il ne voit aucune chose*.

Aprez que le P. Noël a déclaré, comme nous ve- nons de le voir, la raison qu'il a d'exclure le vuide, et qu'il a pris sujet de le nier sur cette mesme privation de qualitez qui donne si justement lieu aux autres de le croire, et qui est le seul moïen sensible de parvenir à sa preuve, il entreprend maintenant de montrer que c'est un corps. Pour cet effet, il s'est imaginé une définition du corps qu'il a conceue exprez, en sorte qu'elle convienne à nostre espace, afin qu'il pust en tirer sa conséquence avec facilité. Voici ses termes : (( Je définis le corps ce qui est composé de parties les unes hors les autres, et dis que tout corps est espace, quand on le considère entre les extremitez, et que tout autre espace est corps, parce qu'il est composé de parties les unes hors les autres. »

Mais il n'est pas icy question, pour montrer que notre espace n'est pas vuide, de luy donner le nom de corps, comme le P. Noël a fait, mais de montrer que c'est un corps, comme il a prétendu faire. Ce n'est pas qu'il ne luy soit permis de donner à ce qui a des parties les unes hors les autres, tel nom qu'il luy plaira ; mais il ne tirera pas grand avantage de cette liberté ; car le mot de corps, par le choix qu'il en a fait, devient équivoque : si bien qu'il y aura deux sortes de choses entièrement différentes, et mesme hétérogènes, que l'on appellera corps :

I. Cf. Pensées, ms. fo 369(Sect. II, fr. 82).

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