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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/202

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186 ŒUVRES

aux décisions du P. Noël, qui excluoientle vuide de la nature, j'ay cru ne pouvoir entrer dans cette re- cherche, ni mesme en dire un mot, avant que d'avoir déclaré ce que j'entends par le mot de vuide, oii je me suis senty plus obligé, par quelques endroits de la première lettre de ce Père, qui me faisoient juger que la notion qull en avoit n'estoit pas conforme à la mienne. J'ay veu qu'il ne pouvoit distinguer les di- mentions d'avec la matière, ni l'immatérialité d'avec le néant ; et que cette confusion luy faisoit conclure que, quand je donnois à cet espace la longueur, la largeur et la profondeur, je m'engageois à dire qu'il estoit un corps ; et qu'aussy tost que je le faisois im- matériel, je le reduisois au néant. Pour desbrouïller toutes ces idées, je luy en ay donné cette définition, oii il peut voir que la chose que nous concevons et que nous exprimons par le mot d'espace vuide, tient le milieu entre la matière et le néant, sans participer ny à l'un ny à l'autre ; qu'il diffère du néant par ses dimentions ; et que son irresistance et son immobil- lité le distinguent de la matière : tellement qu'il se maintient entre ces deux extrêmes, sans se confon- dre avec aucun des deux.

Vers la fin de sa lettre, il ramasse dans une pé- riode toutes ses difiicultez, pour leur donner plus de force en les joignant. Voici ses termes (p. xi)* : (( Cet espace qui nest ny Dieu, ny créature, ny corps, ny esprit, ny substance, ny accident, qui transmet la

I . « Ce qui est en parenthèse estoit écrit en marge à cet endroit. » (Note du ms. 12988, £« 45).

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