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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/191

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céder d’un principe de vanité et de confiance dans le raisonnement, ce soupçon, qui fut augmenté par la connoissance qu’il avoit de mon estude de la géométrie, suffit pour luy faire trouver ce discours estrange, et il me le tesmoigna par une repartie si pleine d’humilité et de modestie, qu’elle eut sans doute confondu l’orgueil qu’il vouloit réfuter. J’essayay néanmoins de lui faire connoistre mon motif; mais ma justification accrut son doute et il prit mes excuses pour une obstination. J’avoue que son discours estoit si beau, que, si j’eusse cru estre en Testât qu’il se figuroit, il m’en eust retiré ; mais, comme je ne pensois pas estre dans cette maladie, je m’opposay au remède qu’il me presentoit. Mais il le fortifioit d’autant plus que je semblois le fuir, parce qu’il prenoit mon refus pour endurcissement ; et plus il s’eiTorçoit de continuer, plus mes remerciements lui tesmoignoient que je ne le tenois pas nécessaire. De sorte que toute cette entrevue se passa dans cette équivoque et dans un embarras qui a continué dans toutes les autres et qui ne s’est peu débrouiller. Je ne te rapporteray pas les autres mot à mot, parce qu’il ne seroit pas nécessaire ni à propos. Je te diray seulement en substance le principal de ce qui s’y est dit ou, pour mieux dire, le principal de leur retenue.

Mais je te prie avant toutes choses de ne tirer aucune conséquence de tout ce que je te mande, parce qu’il pourroit m’echapper de ne pas dire les choses avec assez de justesse ; et cela te pourroit faire naistre