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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/160

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ŒUVRES

l’estat où ils la cognoissoient ; puisque, pour le dire generalement, ce ne seroit assez de l’avoir vu constamment en cent rencontres, ni en mille, ni en tout autre nombre, quelque grand qu’il soit ; puisque, s’il restoit un seul cas à examiner, ce seul suffiroit pour empescher la definition generale, et si un seul estoit contraire, ce seul…[1]. Car dans toutes les matieres dont la preuve consiste en experiences et non en desmonstrations, on ne peut faire aucune assertion universelle que par la generale enumeration de toutes les parties ou tous les cas differents. C’est ainsy que quand nous disons que le diamant est le plus dur de tous les corps, nous entendons de tous les corps que nous cognoissons, et nous ne pouvons ni ne devons y comprendre ceux que nous ne cognoissons point ; et quand nous disons que l’or est le plus pesant de tous les corps, nous serions temeraires de comprendre dans cette proposition generale ceux qui ne sont point encore en notre cognoissance, quoy qu’il ne soit pas impossible qu’ils soient en nature[2]. De mesme quand les anciens ont asseuré que la nature ne souffroit point de vuide, ils ont entendu qu’elle n’en souffroit point dans toutes les experiences qu’ils avoient vues, et ils n’auroient pu sans temerité y comprendre celles qui n’estoient pas en leur cognoissance. Que si elles y eussent esté, sans

  1. Lacune de deux lignes, signalée par le P. Guerrier.
  2. C’est en 1748 que le platine paraît avoir été signalé pour la première fois, par don Antonio de Ulboa, qui faisait partie de la mission française organisée pour déterminer la mesure d’un degré du