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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/158

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ŒUVRES

Car n’estoient-ils pas excusables dans la pensée qu’ils ont eue pour la voie de lait, quand, la faiblesse de leurs yeux n’ayant pas encore reçu le secours de l’artifice, ils ont attribué cette couleur à une plus grande solidité en cette partie du ciel, qui renvoie la lumière avec plus de force ? Mais ne serions-nous pas inexcusables de demeurer dans la mesme pensée, maintenant qu’aidés des advantages que nous donne la lunette d’approche, nous y avons descouvert une infinité de petites estoiles, dont la splendeur plus abondante nous a fait reconnoistre quelle est la véritable cause de cette blancheur[1] ?

N’avoient-ils pas aussy subjet de dire que tous les corps corruptibles estoient renfermés dans la sphère du ciel de la lune, lorsque durant le cours de tant de siecles ils n’avoient point encore remarqué de corruptions ni de generations hors cet espace ? Mais ne devons-nous pas assurer le contraire, lorsque toute la terre a vu sensiblement des cometes s’en-

  1. Allusion aux observations de Galilée consignées en ces termes dans le Sidereus Nuncias, en mars 1610 : « Quod tertio loco a nobis fuit observatum, est ipsiusmet Lactei Circuli essentia, seu materies, quara Perspicilli beneficio adeo ad sensum licet intueri, ut altercationes omnes, quæ per tot sæcula Philosophos excruciarunt ab oculata certitudine dirimantur, nosque a verbosis disputationibus liberemur. Est enim Galaxia nihil aliud, quam innumerarum stellarum coacervatim consitarum congeries : in quamcunque enim regionum illius Perspicillum dirigas, statim Stellarum ingens frequentia sese in conspectum profert… » Il est remarquable que Galilée n’a fait que retrouver ici la théorie de Démocrite : πολλῶν καὶ μικρῶν καὶ συνεχῶν άστέρων, συμφωτιζομένων άλλήλοις, διὰ τήν πύκνωσιν συναυγασμόν. » Stobée, Ecl. Phys., ch. 27. Ed. Meineke, Leipzig, 1860. t. I p. 157.