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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/157

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PRÉFACE SUR LE TRAITÉ DU VIDE

qui ne veoit que la vieillesse dans cet homme universel ne doit pas estre cherchée dans les temps proches de sa naissance, mais dans ceux qui en sont les plus esloignés ? Ceux que nous appelons anciens estoient veritablement nouveaux en toutes choses, et formoient l’enfance des hommes proprement ; et comme nous avons joint à leurs cognoissances l’experience des siecles qui les ont suivis, c’est en nous que l’on peut trouver cette antiquité que nous reverons dans les autres[1].

Ils doivent estre admirés dans les consequences qu’ils ont bien tirées du peu de principes qu’ils avoient, et ils doivent estre excusés dans celles où ils ont plustost manqué du bonheur de l’experience que de la force du raisonnement.

    qui conviennent à l’âge de virilité, c’est-à-dire, pour quitter l’allégorie, que les hommes ne dégénéreront jamais, et que les vues saines de tous les bons esprits s’ajouteront toujours les unes aux autres. » Enfin le lecteur trouvera dans l’édition Guyau des Opuscules de Pascal (Delagrave, 1875, p. 169–400) et dans l’édition Fouillée (Belin, 1876, p. 267–334) deux amples séries de textes sur l’histoire de l’idée de Progrès et sur l’Autorité en matière de philosophie.

  1. « On ne sçauroit à mon advis estre blamé si l’on cherche de nouvelles routes, si l’on prend d’autres guides, et si on laisse aussi hardiment Aristote et Galien, comme ils ont fait ceux qui les ont precedez. Aussy, quoy que l’on veuïlle dire, nous sommes dans la vieillesse du Monde et de la Philosophie ; ce que l’on appelle Antiquité, en a esté l’Enfance et la Jeunesse. Et après qu’elle a vieilly par tant de Siècles et tant d’Experiences, il ne seroit pas raisonnable de la faire porter, comme elle a fait dans ses premieres années, et de luy laisser les faiblesses qui se trouvent aux opinions qu’elle a euës en ce temps là, et que l’on veut encore faire passer pour des oracles. » Cureau de la Chambre, Préface des Nouvelles Conjectures sur la digestion, Paris, 1636, cité par Adam, Études sur les principaux philosophes, 1903, p. 218.