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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/127

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SECONDE LETTRE DU P. NOËL A PASCAL m

Dieu est partout? A la vérité, si ce vuide véritable n'est autre chose que l'immensité de Dieu, je ne puis nier son existance ; mais aussy ne peut on pas dire que cet im- mensité n'estant autre chose que Dieu mesme, esprit très simple, ayt des parties les unes hors des autres, qui est la définition que je donne aux corps, et non pas celle que vous dites estre de mes auteurs, prise de la composition de matière et de forme. Les corps simples sont corps, et neantmoins, au jugement des plus inteligents, n'ont point cette composition : j'advôue que les mixtes l'ont, mais je la tiens trop obscure et selon qu'elle est imaginée par quelques uns estre employée à la desfinition des corps : c'est pourquoy je desfinis le corps, ce qui est composé de parties les unes hors des autres, et dis que tout corps est espace, quand on le considère entre les extremitez, et que tout espace est corps, puisque tout espace est composé de parties les unes hors les autres, et que tout ce qui est com- posé départies les unes hors les autres, est corps. Si vous me dites que les espèces du saint Sacrement ont des parties les unes hors des autres, et neantmoins ne sont pas corps, je respondray ^ : — premièrement, par le composé des parties les unes hors des autres, on entend ce que nous ap- pelons ordinairement long, large et profond. — Que l'on peut fort bien expliquer la doctrine de l'Église Catholique et Romaine, touchant les espèces du saint Sacrement, en disant que les petits corps qui restent dans les espèces ne sont pas la substance du pain. C'est pourquoy le concile de Trente ne se sert jamais du mot d'accident, parlant du saint Sacrement, quoy qu'en effet ces petits corps soient vrayement les accidents du pain, selon la desfinition de l'ac- cident, receue de tout le monde : ce qui ne destruit point

��. [puisgue].

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