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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/114

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98 OEUVRES

les hommes ensemble ne sçauroient demonstrer qu'aucun corps succède à celuy qui quitte l'espace vuide en apparence, et qu'il n'est pas possible en- cores à tous les hommes de monstrer que, quand l'eau y remonte, quelque corps en soit sorty. Cela ne suf- firoit il pas, suivant vos maximes, pour assurer que cet espace est vuide ? Cependant je dis simple- ment que mon sentiment est qu'il est vuide, et ju- gez si ceux qui parlent avec tant de retenue d'une chose oii ils ' ont droict de parler avec tant d'assu- rance, pourront faire un jugement décisif de l'exis- tence de cette matière ignée, si doubteuse et si peu establie.

Aprez avoir supposé cette matière avec toutes les^ qualitez que vous avez voulu luy donner, vous ren- dez raison de quelques unes de mes expériences. Ce n'est pas une chose bien difficile d'expliquer com- ment un efPect peut estre produit, en supposant la matière, la nature et les quahtez de sa cause : cepen- dant il est difficile que ceux qui se les figurent, se desfendent d'une vaine complaisance, et d'un charme secret qu'ils trouvent dans leur invention, principal- lement quand ils les ont si bien adjustées, que, des imaginations qu'ils ont supposées, ils concluent né- cessairement des veritez desja évidentes.

Mais je me sens obligé de vous dire deux mots sur ce subject ; c'est que toutes les fois que, pour trouver la cause de plusieurs phénomènes cogneus, on pose

I. Ont, omis sur le manuscrit et rétabli, peut-être par Pascal lui- même.

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