Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/112

Cette page n’a pas encore été corrigée


96 ŒUVRES

il ne sera plus difficile de résoudre les plus grandes difficultez \ Et le flux de la mer et l'atraction de l'aymant deviendront aysez à comprendre, s'il est permis de faire des matières et des qualitez exprez^

Car toutes les choses de cette nature, dont l'exis- tence ne se manifeste à aucun des sens, sont aussy difficiles à croire, qu'elles sont faciles à inventer. Beaucoup de personnes, et des plus sçavantes mesmes de ce temps, m'ont objecté cette mesme matière avant vous, (mais comme une simple pensée, et non pas comme une vérité constante), et c'est pourquoy j'en ay faict mention dans mes propositions. D'autres, pour remplir de quelque matière l'espace vuide, s'en sont figuré une dont ils ont remply tout l'univers, parce que l'imagination a cela de propre, qu'elle pro- duit avec aussy peu de peine et de temps les plus grandes choses que les petites ; quelques-uns l'ont faite de mesme substance que le ciel et les éléments; et les autres, d'une substance différente, suivant leur fantaisie, parce qu'ils en disposoient comme de leur ouvrage.

Que si on leur demande, comme à vous, qu'ils nous facent veoir cette matière, ils respondent qu'elle n'est pas visible : si l'on demande qu'elle rende quelque son, ils disent qu'elle ne peut estre ouye, et ainsy de tous les autres sens ; et pensent avoir beaucoup faict, quand ils ont pris les autres

��1. [Du] flux [et reflux].

2. Allusion aux hypothèses accumulées par Descartes dans la qua- trième partie des Principes pour la solution de ces deux problèmes.

�� �