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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/109

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RÉPONSE DE BLAISE PASCAL 93

corps y tombent avec temps, vous voulez conclure qu'une matière le remplit, qui porte cette lumière et cause ce retardement.

Mais, M. R. P., si nous rapportons cela à la mé- thode de raisonner dont nous avons parlé, nous trouverons qu'il faudroit auparavant estre demeuré d'accord de la desfinition de l'espace vuide, de la lu- mière et du mouvement, et monstrer par la nature de ces choses une contradiction manifeste dans ces propositions : « Que la lumière pénètre un espace vuide, et qu'un corps s'y meut avec temps. » Jus- ques la vostre preuve ne pourra subsister ; et puis- qu'outre ' [cela] la nature de la lumière est incogneuë, et à vous, et à moy ; que de tous ceux qui ont essayé de la desfinir, pas un n'a satisfait aucun de ceux qui cherchent les veritez palpables , et qu'elle nous demeu- rera peut estre éternellement incogneuë ^ je vois que cet argument demeurera long temps sans recevoir la force qui luy est nécessaire pour devenir convain- quant.

Car considérez, je vous prie, comment il est pos- sible de conclure infailliblement que la nature de la lumière est telle qu'elle ne peut subsister dans le vuide, lorsque l'on ignore la nature de la lumière. Que si nous la cognoissions aussy parfaitement que nous l'ignorons, nous connoistrions, peut estre, qu'elle

1. Manuscrit: Ceux-là.

2. Il est à noter que Descartes, au premier chapitre de la Diop- trùque, se défend de donner une pareille définition : « Il n'est pas be- soin que j'entreprene dédire au vray qu'elle est sa nature et je croy qu'il suffira que je me serve de deus ou trois comparaisons, »

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