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Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/103

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LETTRES DU P. NOËL 87

dictes que l'espace vuide en apparence, n'est pas plain d'un air pur, subtil, meslé parmi l'air extérieur, qui « es- tant destaché, et entré par les pores du verre, tendroit tousjours à y retourner, ou y seroit sans cesse attiré » ; et vostre 8, « que l'espace vuide en apparence n'est remply d'aucune des matières qui sont congneues dans la nature, et qui tombent soubz aulcun des sens m . Si mon discours, que je vous laisse à considérer, est vray, ces deux propo- sitions ne le sont pas. L'air espuré est une matière con- gneue dans la nature ; et cet air prend la place du vif argent. Venons aux objections que vous avez mises en la page 3o et 3i, contre vos sentiments. Je dis que la première est très considérable. En effet, cette proposition, qu'un espace est vuide, prenant le vuide pour une privation de tout corps, non seulement répugne au sens commun, mais de plus se contredict manifestement : elle dict que ce vuide est espace, et ne Test pas. On présuppose qu'il est espace ; or s'il est espace, il n'est pas ce vuide qui est privation de tout corps, puisque tout espace est nécessai- rement corps : qui entend ce qui est corps, [entend] * comme corps, un composé de parties les unes hors les autres, les unes haultes, les autres basses, les unes à droict, les au- tres à gauche, un composé long, large, profond, figuré, grand ou pettit ; et qui entend ce qui est espace comme espace, entend, quoy qu'on die, un composé de parties, les unes hors les autres, basses, haultes, à gauche, à droicte, d'une telle longueur, largeur, profondeur, figuré entre les extremitez dont il est intervalle : de sorte que l'espace ou intervalle n'est pas seulement corps, mais corps entre deux ou plusieurs corps. Si donc, par ce mot vuide, nous entendons une privation de tout corps, ce qui

��I. Mot omis dans la copie manuscrite.

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