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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/94

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BIOGRAPHIES

Madame Perier fait appuyer sa réclamation de l’autorité de Domat qui écrit en ces termes à M. Audigier :


« Vous serez peut estre surpris de la liberté que je prends de vous escrire sur le mesme sujet dont madame Perier vous escrit aussi, parce que la consideration que je sçais que vous avez pour son merite, et pour le grand interest qui l’oblige à vous faire la priere qu’elle vous fait, devroit me persuader que rien de ma part ne peut vous toucher à l’egal de sa priere et de ses raisons. Mais, Monsieur, j’ay cru par une autre vuë que je manquerois à ce que je dois à la memoire de M. Pascal, si je negligeois de tesmoigner, dans une occasion de cette consequence, combien je m’attache à tout ce qui peut interesser l’honneur de son nom. Vous sçavez, Monsieur, les raisons qui me donnent ces sentiments ; car vous connoissez beaucoup mieux que le commun le merite extraordinaire de M. Pascal, et surtout quelle estoit sa sincerité et sa fermeté proportionnée à l’élevation de son esprit. Et, quand je n’aurois pas eu la part singuliere qu’il m’a fait l’honneur de me donner dans son amitié, je ne pourrois me dispenser, en cette rencontre, de vous faire connoistre, Monsieur, que le fait de sa pretendue retractation est une calomnie, la moins vraisemblable à tous ceux qui ont connu M. Pascal, et la plus fausse en effet qui ait jamais esté pensée. Et aussy le malentendu qui en fut la cause s’est expliqué par la retractation de la personne qui avoit donné sujet à ce bruit, de la maniere que madame Perier vous l’expliquera par sa lettre ; et je dois ajouter à son tesmoignage et à son recit que personne au monde n’a jamais sçu mieux que moy les sentiments de M. Pascal sur ce sujet et pendant sa vie et pendant sa maladie et à sa mort ; et je puis, Monsieur, vous assurer, par ma connoissance, de la verité de cette histoire, dont je ne repete pas le recit que vous en fait madame Perier. Ainsi, Monsieur, je m’assure avec elle et sa famille et tous les amis de M. Pascal, et pour l’estime que vous avez de son merite, que vous laisserez à madame Perier le droit naturel du sort de la piece