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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/66

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et y faisoit des prosnes admirables[1]. Tout le voisinage y alloit pour l’entendre et pour s’instruire et s’édifier ; et il faisait un si grand bien à ceux qui le venoient entendre, que peu apres, sa reputation se repandant, les gentilshommes de là autour et mesme les officiers de Rouën louoïent des chambres dans ce village pour y aller coucher tous les samedis, afin d’estre à portée de ne point perdre de ces prosnes. Entre ces gentilshommes, il y en eut deux qui estoient assez proches, nommez M. Deslandes et M. de la Bouteillerie[2]. Ces deux messieurs furent si touchez de ses instructions qu’ils s’abandonnerent entierement à sa conduite, et resolurent de ne plus songer qu’à Dieu, à leur salut et à la charité pour le prochain. Ils avoient un don naturel qui faisoit qu’ils

  1. Jean Guillebert, de Caen (1605-1666), était professeur de philosophie au Collège des Grassins, à Paris ; en cette qualité, il fit connaissance avec Arnauld, et par lui, avec Saint-Cyran, alors prisonnier à Vincennes. Il était titulaire de la cure de Rouville qui était desservie, dit Besoigne, par un Vicaire honnête homme et capable ; mais Saint-Cyran lui représenta « que son premier devoir était de remplir les fonctions de son bénéfice, toute autre affaire cessante. En 1646, M. de Barcos lui demanda de se démettre de sa cure pour venir à Paris faire l’éducation théologique de M. de Saci ; c’est par son intermédiaire que Blaise et Jacqueline Pascal entrèrent, l’année suivante, en relation directe avec Port-Royal, infra, p. 153 (Voir sur Guillebert l’intéressant chapitre que Besoigne lui a consacré dans son Histoire de l’abbaye de Port-Royal, Histoire des messieurs, t. IV, 376-383).
  2. « C’étoient, dit Besoigne, (ibid. t. IV, p. 128), deux frères ― [l’un, des Champs des Landes, l’autre des Champs de la Bouteillerie] ― , gens distingués dans leur pays par leur bravoure, mais fous du point d’honneur, toujours prêts à mettre la main à l’épée. Leur vertueux Curé ― [Jean Guillebert] ― entreprit de les gagner à Dieu. S’étant insinué dans leur esprit par ses manières douces et par l’onction de ses discours, il leur mit en mains le livre de la Fréquente Communion. Ils y apprirent ce qu’ils avoient ignoré jusque-là, je veux dire, la voie étroite de la pénitence et le vrai esprit de l’Eglise touchant l’usage des Sacremens. »