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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/61

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pleurer elle commença à jouër un autre personnage et à luy faire son petit compliment sur l’absence de mon grand pere, et sur la desolation où estoit la famille de n’avoir ni pere ni mere à Paris. M. le Cardinal la voyant pleurer, et n’entendant qu’à moitié ce qu’elle disoit, parce qu’elle l’entrecoupoit de sanglots, il luy demanda ce qu’elle avoit et qui la faisoit ainsy pleurer ; elle luy redit, et madame d’Aiguillon aussy, ce que c’estoit. M. le Cardinal qui craignoit de se laisser surprendre, luy dit qu’il en parleroit au roy. Mais M. le Chancelier qui estoit proche de luy, luy dit qu’il pouvoit accorder à cette enfant ce qu’elle luy demandoit[1], parce qu’il sçavoit ce que c’estoit que cette affaire là ; que c’estoit chez luy qu’elle s’estoit passée, et que M. Pascal, quoy qu’il y eut esté present, n’y avoit aucune part. Et sur cela M. le Cardinal luy dit qu’elle pouvoit mander à mon grand pere de revenir en toute asseurance, et de ne rien craindre ; aussytost elle luy dit tres joliment qu’elle avoit encore une grace à demander à son Eminence. M. le Cardinal la baisant luy dit : « Demande moy tout ce que tu voudras ; tu es trop jolie, je ne sçaurois te rien refuser. » Elle luy dit que c’est qu’elle le prioit de trouver bon que quand son pere seroit de retour il eut l’honneur de voir son Eminence pour la remercier de la grace qu’il en recevoit. M. le Cardinal luy dit que non

  1. Version du P. Guerrier : « Et Madame d’Aiguillon s’y estant jointe, il lui dit ces propres paroles : « Hé bien, mon enfant, mandez à votre pere qu’il revienne en toute assurance, et que je suis bien ayse de le rendre à une si aimable famille » car il les voyoit tous, mon oncle qui avait alors [quinze] ans, et ma mère [dix-huit] ans, tous trois parfaitement beaux. Alors ma tante, d’elle mesme sans qu’on eut pensé à le luy dire, dit à M. le cardinal : Monseigneur, j ’ay encore une grace à demander, etc. »