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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/366

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nouveaux, desquels ils ignorent et les principes et les règles; puis, enyvrez de celte fausse persuasion, ils travaillent en tastonnant, c'est-à-dire sans me- sures certaines et sans propositions réglées par art : d'où il arrive qu'après beaucoup de temps et de tra- vail, ou ils ne produisent rien qui revienne à ce qu'ils ont entrepris, ou, au plus, ils font paroistre un petit Monstre auquel manquent les principaux membres, les autres estans informes et sans aucune proportion : ces imperfections, le rendant ridicule, ne manquent jamais d'attirer le mépris de tous ceux qui le voyent, desquels la plupart rejettent — sans raison — la faute sur celuy qui, le premier, a eu la pensée d'une telle invention, au lieu de s'en eclaircir avec luy et puis blasmer la présomption de ces Arti- sans qui, par une fausse hardiesse d'oser entre- prendre plus que leurs semblables, produisent ces inutiles avortons. Il importe au public de leur faire reconnoistre leur" foiblesse et leur apprendre que, pour les nouvelles inventions, il faut nécessairement que l'Art soit aidé par la Théorie jusques à ce que l'usage ait rendu les règles de la Théorie si com- munes qu'il les ait enfin réduites en Art et que le continuel exercice ait donné aux Artisans l'habitude de suivre et pratiquer ces règles avec asseurance. Et tout ainsi qu'il n'estoit pas en mon pouvoir, avec toute la Théorie imaginable, d'exécuter moy seul mon propre dessein sans l'aide d'un ouvrier qui pos- sedast parfaitement la pratique du tour, de la lime et du marteau pour réduire les pièces de la machine

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