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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/361

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ADVIS 305

��Maintenant (cher lecteur), j'estime qu'il est nécessaire de t'advertir que je prevoy deux choses capables de former quelques nuages en ton esprit. Je sçay qu'il y a nombre de personnes qui font profes- sion de treuver à redire partout, et qu'entre ceux-là il s'en pourra trouver qui te diront que cette Machine pouvoit estre moins composée ; c'est là la première vapeur que j'estime nécessaire de dissiper. Cette proposition ne te peut estre faite que par certains esprits qui ont véritablement quelque cognoissance de la Mécanique ou de la Géométrie, mais qui, pour ne les sçavoir joindre l'une et l'autre, et toutes deux ensemble à la Physique, se flattent ou se trompent dans leurs conceptions imaginaires, et se persuadent possibles beaucoup de choses qui ne le sont pas, pour ne posséder qu'une Théorie imparfaite des choses en gênerai, laquelle n'est pas suffisante de leur faire prévoir en particulier les inconveniens qui arrivent, ou de la part de la matière, ou des places que doivent occuper les pièces d'une Machine dont les mouve- mens sont differens afin qu'ils soient libres et qu'ils ne puissent s'empescher l'un l'autre. Lors donc que ces sçavans imparfaits te proposeront que cette Ma- chine pouvoit estre moins composée, je te conjure de leur faire la response que je leur ferois moy- mesme s'ils me faisoient une telle proposition, et de les asseurer de ma part que je leur feray voir, quand il leur plaira, plusieurs autres modelles, et mesme un instrument entier et parfait, beaucoup moins composé, dont je me suis publiquement servi

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