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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/354

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300 ŒUVRES

auxquels je cherchois un remède. N'ayant pas l'in- dustrie de manier le métal et le marteau comme la plume et le compas, & les artisans ayant plus de connoissance de la pratique de leur art que des sciences sur lesquelles il est fondé, je me vis réduit à quitter toute mon entreprise, dont il ne me reve- noit que beaucoup de fatigues, sans aucun bon suc- cez. Mais, Monseigneur, V. Grandeur ayant sous- tenu mon courage, qui se laissoit aller, & m'ayant fait la grâce de parler du simple crayon que mes amis vous avoient présenté en des termes qui me le firent voir tout autre qu'il ne m'avoit paru aupara- vant, avec les nouvelles forces que vos louanges me donnèrent, je fis de nouveaux efforts, &, suspen- dant tout autre exercice, je ne songeay plus qu'à la construction de cette petite machine, que j'ay osé, MONSEIGNEUR, VOUS prcscntcr, après l'avoir mise en estât de faire, avec elle seule et sans aucun travail d'esprit, les opérations de toutes les parties de l'A- rithmétique, selon que je me l'estois proposé. C'est donc à vous, Monseigneur, que je devois ce petit Essay, puisque c'est vous qui me l'avez fait faire ; et c'est de vous aussi que j'en attens une glorieuse protection . Les inventions qui ne sont pas connues ont toujours plus de Censeurs que d'Approbateurs : on blâme ceux qui les ont treuvées, parce qu'on n'en a pas une parfaite intelHgence ; et, par un injuste pré- jugé, la difficulté que l'on s'imagine aux choses extraordinaires, fait qu'au lieu de les considérer pour les estimer, on les accuse d'impossibilité, afin de les

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