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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/200

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BIOGRAPHIES

de demeurer chez luy trois mois de suitte, pour estre presents et pour remedier à tous les accidens qui arrivoient à toute heure. Toute la maison profita du sejour de ces messieurs. Leurs discours edifians et leur bonne vie que l’on connoissoit donnerent envie à mon pere, à mon frere et à ma sœur, de voir les livres qu’on jugeoit qui leur avoient servi pour parvenir à cet estat. Ce fut donc alors qu’ils commencerent tous à prendre connoissance des ouvrages de M. Jansenius, de M. de Saint-Cyran, de M. Arnauld et des autres escrits dont ils furent tres edifiez.

Sur la fin de l’année 1646, M. [de Belley] faisant l’ordination à Rouen, ma sœur, qui n’avoit pas encore esté confirmée, voulut recevoir ce sacrement. Elle s’y przpara selon ce qu’elle en apprenoit dans les petits traités de M. de Saint-Cyran. L’on peut croire qu’elle y receut veritablement le Saint-Esprit, car depuis cette heure-là elle fut toute changée[1]. Toutes ces lectures et tous ces discours firent une si forte impression dans son cœur, que peu à peu elle se trouva à la fin de l’année 1647 dans une resolution parfaitte de renoncer au monde ; et comme elle se rencontra lors à Paris, y estant allée accompagner mon frere qui avoit besoin d’y estre pour ses indispositions, ils alloient souvent entendre M. Singlin ; et voyant qu’il parloit de la vie chrestienne d’une maniere qui remplissoit tout à fait l’idée qu’elle en avoit conçue depuis que Dieu l’avoit touchée, et considerant que c’estoit luy qui conduisoit la maison de Port-Royal, elle crut des lors, comme elle me l’a dit en

  1. F. : « Toutes les lectures qu’elle fit et tous les discours de pieté auxquels elle assista. »