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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/195

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JACQUELINE PASCAL

faire en sa presence et par son commandement. Cette circonstance augmenta l’admiration de tout le monde, et depuis ce jour la elle fut souvent à la cour, et tousjours caressée du Roy, de la Reyne, de Mademoiselle, et de tous ceux qui la voyoient. Elle eut mesme l’honneur de servir la Reyne quand elle mangeoit en particulier, Mademoiselle tenant la place de premier maistre d’hostel.

Elle faisoit, (outre des vers), cent autres jolies choses, comme des billets qu’elle écrivoit à ses compagnes, les plus jolis du monde. Elle avoit des reparties les plus justes qu’on eut peu souhaitter. Cependant tout cela ne diminuoit rien de la gayeté de son humeur, et elle jouoit avec les autres de tout son cœur à tous les jeux des petits enfants ; et quand elle estoit en particulier, elle estoit sans cesse apres ses poupées.

Cette mesme année 1638, au mois de mars, mon pere s’estant rencontré chez M. le chancelier avec beaucoup d’autres personnes qui avoient interest comme luy aux rentes de l’hoslel de ville, il se dit ce jour là des paroles, et mesme on y fit quelques actions, un peu violentes et seditieuses ; ce qui estant rapporté à M. le cardinal, il donna ordre de mettre les principaux dans la Bastille. On s’imagina que mon pere estoit de ce nombre, de sorte qu’on le vint chercher pour cela ; mais il se garantit, et on en prit trois autres. Mon pere pendant ce temps là demeura caché chez ses amis, tantost chez l’un tantost chez l’autre, sans oser venir chez luy du tout. Dans cette affliction il recevoit beaucoup de consolation de toutes les gentillesses de cette enfant, car il l’aymoit avec une tendresse toute extraordinaire. Mais cette douceur ne dura gueres ; car au mois de septembre de cette année 1638, la petite verole luy vint, dont elle fut