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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/182

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434 BIOGRAPHIES

contraire il rompoit de plus en plus avec tous ses amis^ n'en voyant plus aucun de ceux du monde.

Il s'engagea durant sa retraitte par un ordre de la pro- vidence à travailler contre les athées ; et voicy comment on a recueilly ce qu'on en a donné au public. M. Pascal avoit accoutumé, quand il travailloit, de former dans sa teste tout ce qu'il vouloit escrire sans presque en faire de projet sur le papier ; et il avoit pour cela une qualité extraor- dinaire, qui est qu'il n'oublioit jamais rien, et il disoit luy mesme qu'il n'avoit jamais rien oublié de ce qu'il avoit voulu retenir. Ainsy il gardoit dans sa mémoire les idées de tout ce qu'il projettoit d'escrire, jusqu'à ce que cela fut dans sa perfection, et alors il l'escrivoit. C'estoit son usage ; mais pour cela il falloit un grand effort d'ima- gination, et quand il fut tombé dans ses grandes infirmi- tez, cinq ans avant sa mort, il n'avoit pas assez de force pour garder ainsi dans sa mémoire tout ce qu'il meditoit sur chaque chose. Pour donc se soulager, il escrivoit ce qui luy venoit à mesure que les choses se presentoient à luy, afin de s'en servir ensuite pour travailler comme il faisoit auparavant de ce qu'il imprimoit dans sa mémoire ; et ce sont ces morceaux escrits ainsi pièce à pièce, qu'on a trouvez après sa mort, qu'on a donnez et que le public a reçus avec tant d'agrément.

Pendant que M. Pascal travailloit contre les athées, il arriva qu'il lui vint un très grand mal de dents. Un soir M. le duc de Roannez le quitta dans des douleurs très violentes ; il se mit au lit, et son mal ne faisant qu'aug- menter, il s'avisa, pour se soulager, de s'appliquer à quel- que chose qui put luy faire oublier son mal. Pour cela, il pensa à la proposition de la Roulette faite autresfois par le P. Mersenne, que personne n'avoit jamais pu trouver

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