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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/178

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130 BIOGRAPHIES

le goust en vint, il se mit dans le monde, sans vice neant- moins ni dérèglement, mais dans l'inutilité, le plaisir et l'amusement. Mon grand pere mourut; il continua à se mettre dans le monde avec mesme plus de facilité estant maistre de son bien : et alors aprez s'y estre un peu en- foncé, il prit la resolution de suivre le train commun du monde, c'est-à-dire de prendre une charge et se marier^; et prenant ses mesures pour l'un et pour l'autre, il en conferoit avec ma tante, qui estoit alors religieuse, qui gemissoit de voir celuy qui lui avoit fait connoistre le néant du monde s'y plonger de luy-mesme par de nou- veaux engagemens. Elle Fexhortoit souvent à y renoncer ; mais l'heure n'estoit pas encore venue, il Tecoutoit et ne laissoit pas de pousser toujours ses desseins. Enfin Dieu permit qu'un jour de la Conception de la sainte Vierge, il allât voir ma tante, et demeurât au parloir avec elle durant qu'on disoit nones avant le sermon. Lorsqu'il fut achevé de sonner, elle le quitta et luy de son costé entra dans l'église pour entendre le sermon, sans sçavoir que c'estoit là où Dieu l'attendoit. Il trouva le prédicateur en chaire^, ainsy il vit bien que ma tante ne pouvoit pas luy avoir parlé ; le sermon fut au sujet de la conception delà sainte Vierge, sur le commencement de la vie des chres- tiens, et sur l'importance de les rendre saints, en ne s'en- gageant pas, comme font presque tous les gens du monde,

��1. « Il renonça même à un mariage très avantageux qu'il étoit sur le point de conclure. » (Racine, Abrégé de l'Histoire de Port- Royal, apud OEuvres, éd. P. Mesnard, t. IV, i865, p. 46o).

2. M. Singlin. — Le Sermon cjue Pascal entendit ce jour-là, 8 dé- cembre i654, a été publié au 4® volume des Instructions chrestiennes sur les mystères de Nostre Seigneur Jesus-Christ et sur les Principales Pestes de l'Année (Premier volume delà seconde partie). Paris, chez la Veuve de Charles Savreux, 1671, p. 82 sqq. Vide infra^ t. IV, p. 7.

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