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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/177

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BLAISE PASCAL 129

fit voir qu'il n'estoit pas encores guéri, mais on fut au moins consolé de ce qu'il n'estoit pas mort, et environ six à sept jours aprez il commença à souffrir la vue de l'eau. Mon grand père arrivant de la ^ messe, le trouva qui se divertissoit à verser de l'eau d'un verre dans un autre dans les bras de sa mère ; il voulut alors s'approcher ; mais l'enfant ne le put souffrir, et peu de jours aprez il le souffrit, et en trois semaines de temps cet enfant fut entièrement guéri et remis dans son embompoint et depuis il n'eut jamais aucun mal.

Pendant que mon grand père estoit encore à Rouen, M. Pascal, mon oncle, qui vivoit dans cette grande pieté qu'il avoit luy mesme imprimée à toute la famille, tomba dans un estât fort extraordinaire, qui estoit causé par la grande application qu'il avoit donnée aux sciences ; car les esprits estant montez trop fortement au cerveau, il se trouva dans une espèce de paralysie depuis la ceinture en bas, en sorte qu'il fut réduit à ne marcher qu'avec des potences ; ses jambes et ses pieds devinrent froids comme du marbre, et on estoit obligé de luy mettre tous les jours des chaussons trempez dans de l'eau-de-vie pour tascher de faire revenir la chaleur aux pieds. Cet estât où les médecins le virent les obligea de luy défendre toute sorte d'application ; mais cet esprit si vif et si agissant ne pou- voit pas demeurer oisif. Quand il ne fut plus occupé ni de sciences ni de choses de piété qui portent avec elle leur application, il luy fallut quelque plaisir ; il fut contraint de revoir le monde, de jouer et de se divertir. Dans le commencement cela estoit modéré ; mais insensiblement

��I. Première lecture : ville.

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