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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/175

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BLAISE PASCAL 127

que son procez n'estoit pas bon, et qu'en vengeance, elle avoit jette un sort sur son enfant qu'elle voyoit qu'il aymoit tendrement, et qu'elle estoit bien faschée de le luy dire, mais que le sort estoit à la mort. Mon grand pere af- fligé luy dit: « Quoy I il faut donc que mon enfant meure!» Elle luy dit qu'il y avoit du remède, mais qu'il falloit que quelqu'un mourutpourluy, et transporter le sort. Mon grand pere luy dit : « Ho I j'aime mieux que mon fils meure, que de faire mourir une autre personne. » Elle luy dit : « on peut mettre le sort sur une beste. » Mon grand pere luy offrit un cheval : elle luy dit que, sans faire de si grands frais, un chat lui sufTisoit. Il luy en fit donner un ; elle l'emporta et en descendant elle trouva deux capu- cins qui montoient pour consoler ma grand'mere de l'ex- trémité de la maladie de cet enfant. Ces pères luy dirent qu'elle vouloit encore faire quelque sortilège de ce chat : elle le prit et le jeta par une fenestre, d'où il ne tomba que de la hauteur de six pieds et tomba mort ; elle en rede- manda un autre que mon grand pere luy fit donner. La grande tendresse qu'il avoit pour cet enfant fit qu'il ne fit pas d'attention que tout cela ne valoit rien, puisqu'il falloit, pour transporter ce sort, faire une nouvelle invocation au Diable ; jamais cette pensée ne luy vint dans l'esprit, elle ne luy vint que longtemps aprez, et il se repentit d'avoir donné lieu à cela.

Le soir la femme vint et dit à mon grand pere qu'elle avoit besoin d'avoir un enfant qui n'eut pas sept ans, et qui, avant le lever du soleil, cueiUit neuf feuilles de trois sortes d'herbes : c'est-à-dire trois de chaque sorte. Mon grand pere le dit à son apothicaire, qui dit qu'il y mene- roit lui mesme sa fille, ce qu'il fit le lendemain matin. Les trois sortes d'herbes estant cueillies, la femme fit un ca- taplasme qu'elle porta à sept heures du matin à mon grand

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