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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/166

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BIOGRAPHIES

Et qui n’ay jamais peu sçavoir
La cause qui me fait mouvoir.
Non, non, ta raison est trop pure
Pour me faire une telle injure :
Je sçay que tu ne m’as escript
Que pour esgayer ton esprit,
Et que tu ris comme moy-mesme
De ces lettrez à face blesme,
À l’œil morne, au front tout plissé,
Au cerveau d’erreurs oppressé,
Qui par leur demarche pesante,
Par leur posture extravagante,
Par leurs Syllogismes cornus,
Par leurs langages inconnus,
Par le debit de quelque histoire
Et par un hors et par un voire
Veulent faire croire à chacun
Que leur esprit n’est pas commun…
Laisse donc là cette Science,
Laisse là cette outrecuidance,
Garde toy bien de ce poison,
Conserve entiere ta raison,
Que ta vertu soit toute tienne,
Et qu’aprez tout il te souvienne
Qu’en un bon Livre il est escript
Bien heureux les pauvres d’esprit.
Que toute la sagesse humaine
Est aussy folle qu’elle est vaine :
Et que si nos premiers Parens
Fussent demeurez ignorans
Sans donner au diable creance,
Nous serions tous dans l’innocence…
Non, je n’ayme point ceste estude
Qui promet une certitude,
Et ne donne que fiction
Qu’erreur, et que presomption ;