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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/165

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BLAISE PASCAL

1653, p. 117–126. Voici quelques extraits qui ne sont pas sans intérêt, peut-être, pour la genèse des idées de Pascal lui-même.

De Monsieur Le Pailleur à Monsieur d’Alibray, pour reponse à plusieurs sonnets qu’il luy avoit envoyez par lesquels il luy demandoit son sentiment de l’opinion de Galilée touchant le mouvement de la terre :


Enfin, tu m’as trop provoqué,
D’Alibray, je me sens piqué
De dix sonnetz dont tu m’agaces
Et de vingt dont tu me menaces.
Ie ne sçaurois presque endurer
Cette bravade sans jurer.
Mais n’attens pas que ie conteste
Si ce flambeau qu’on dit celeste
Se meut, ou s’il ne se meut point ;
Ma Muse est trop courte d’un point
Pour toucher un si hault mystere :
Il suffit que je le revere,
Et qu’en suspendant humblement
Sur ce sujet mon jugement,
Seulement je te face entendre
Ce qui m’oblige à le suspendre…
Mais — parlant d’un esprit plus sain —
Celuy dont la puissante main
Fit de rien toute creature,
Ce grand autheur de la Nature,
Ce Dieu jaloux, ne permet pas
Que nous qui sommes icy bas,
Ayons de là haut cognoissance…
Aprez cela veux tu m’astraindre
À deschiffrer ce mouvement
Qui paroist soubz le Firmament ?
Moy qui d’ailleurs dez mon enfance
Professe une entiere ignorance ?