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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/158

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BIOGRAPHIES

qu’il aymoit cet estat, ce que peu de personnes seroient capables de faire ; car on n’a autre chose à faire que de s’y soumettre humblement et paisiblement. C’est pour quoy il ne nous demandoit autre chose que de prier Dieu qu’il lui fist cette grace[1]. Il est vray qu’aprez l’avoir entendu, on ne pouvoit plus luy rien dire et on se sentoit au contraire animé du mesme esprit que luy, de vouloir souffrir et de concevoir que c’estoit l’estat dans lequel devroient estre toujours les Chrestiens.

Il souhoittoit ardemment de communier ; mais les medecins s’y opposoient[2] tousjours parce qu’ils ne le croioient pas assez malade pour recevoir la communion en viatique, et ils ne trouvoient pas à propos qu’on la fist venir la nuit pour le trouver à jeun, sans une plus grande necessité. Cependant la colique continuant tousjours, ils luy ordonnerent des eaux, et elles le soulagerent pendant quelques jours ; mais au sixieme[3] de ces eaux, il sentit un grand estourdissement avec une grande douleur de teste. Encore que les médecins ne s’estonnassent pas de cet accident, et qu’ils dissent que ce n’estoit que la vapeur des eaux, il ne laissa pas de se confesser, et demanda avec des instances incroyables qu’on le fist communier, et qu’au nom de Dieu on trouvast moyen de remedier à tous ces inconvenients qu’on luy avoit alleguez ; et il pressa tant, qu’une personne qui se trouva presente luy

  1. 1684 : « Voilà dans quel esprit il enduroit ses maux. »
  2. 1684 : « disant qu’il ne le pouvoit faire à jeun, à moins que ce ne fust la nuit ; ce qu’ils ne trouvoient pas à propos de faire sans necessité, et que pour communier en viatique il falloit estre en danger de mort ; ce qui ne se trouvoit pas en luy, ils ne pouvoient luy donner ce conseil. Cette resistance le faschoit, mais il estoit contraint d’y ceder. »
  3. 1684 : « jour de la boisson, qui estoit le 14 d’aoust. »