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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/155

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BLAISE PASCAL

vidence de Dieu particuliere que dans ces derniers temps où il estoit si prest de paroistre devant Dieu, il eut occasion de pratiquer ces deux œuvres de misericorde, qui sont des marques de la predestination dans l’Evangile, afin que, quand il viendroit à mourir, il eut incontinent dans ces deux actions de charité le tesmoignage que Dieu luy pardonneroit ses fautes, et luy donneroit le royaume qu’il luy avoit préparé, par ce qu’il luy faisoit la grace de pardonner les fautes des autres, et de les assister dans le besoin avec tant de facilité.

Mais nous allons voir que Dieu l’a preparé à une mort d’un vray predestiné par d’autres actions encore, qui ne sont pas d’une moindre consolation. Trois jours aprez qu’il fut chez nous, il fut attaqué d’une colique tres violente, qui luy ostoit absolument le sommeil ; mais comme il avoit beaucoup de force d’esprit, et[1] un grand courage il ne laissoit pas de se lever tous les jours et de prendre luy mesme ses remedes sans vouloir souffrir qu’on luy rendist le moindre service[2]. Les medecins qui le voioient trouvoient son mal considerable : mais, comme il n’avoit pas la fievre, ils ne creurent pourtant pas qu’il y eust danger. Mais mon frere, qui ne vouloit rien hazarder, dès le quatrieme jour de la colique, et avant mesme que d’estre arresté au lit, envoya querir M. le curé de Saint-Estienne, et se confessa ; mais ne communia pas encore si tost. Cependant M. le curé le venant voir de temps en

    puisque c’estoit dans le mesme temps ; mais c’est qu’en effet il n’avoit point de ressentiment pour les offenses qui ne regardoient que sa seule personne. »

  1. F. : d’un.
  2. Texte de 1684 : « Les médecins qui le traittoient voioient que ses douleurs estoient considerables ; mais parce qu’il avoit le pouls