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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/153

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BLAISE PASCAL

dit : « Allez, consolez-vous, si Dieu l’appelle, vous avez bien sujet de le loüer des graces qu’il luy a faites[1]. Il meurt dans la simplicité d’un enfant. C’est une chose incomparable dans un esprit comme le sien ; je voudrois de tout mon cœur estre en sa place, je ne veoy rien de plus beau. »

[2] Sa derniere maladie commença par un degoust estrange qui luy prit deux mois avant sa mort. Il avoit chez luy un bon homme et toute sa famille et son menage[3] qui n’estoit point destiné pour luy rendre aucun service ; mais qu’il gardoit comme un depost de la providence de Dieu dont il avoit grand soin[4]. Un des enfants de ce bon homme tomba malade de la petite verole, et il y avoit deux malades dans la maison de mon frere, sçavoir luy et cet enfant. Il estoit necessaire que je fusse auprez de mon frere, et comme il y avoit danger que je ne prisse le mauvais air de la petite verole et que je ne le donnasse à mes enfants, on delibera de faire sortir cet enfant, mais

  1. 1684 : « J’avois tousjours admiré beaucoup de grandes choses en luy, mais je n’y avois jamais remarqué la grande simplicité que je viens de voir. Cela est incomparable. »
  2. Dans le texte de 1684, ce récit est amené de la façon suivante : « Je tasche autant que je puis d’abreger, sans cela j’aurois bien des particularitez à dire sur chacune des choses que j’ay remarquées ; mais comme je ne veux pas m’estendre, je viens à sa derniere maladie.

    « Elle commença par un desgoust estrange qui luy prit deux mois avant sa mort : son medecin luy conseilla de s’abstenir de manger du solide, et de se purger ; pendant qu’il estoit en cet estat, il fit une action bien remarquable. »

  3. 1684 : « à qui il avoit donné une chambre et à qui il fournissoit du bois ; car il n’en tiroit aucun service, sinon de n’estre pas seul dans sa maison. »
  4. Ce terme permet de conjecturer que l’un des enfants de ce « bon homme » était le filleul de Pascal, Blaise Bardout, à qui le testament attribue une somme de trois cents livres, « pour estre employée à luy faire apprendre metier ».