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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/138

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BIOGRAPHIES

discours devant des laquais et de jeunes gens, parce que je ne savois pas quelle pensée cela pouvoit exciter en eux. Je n’oserois dire qu’il ne pouvoit mesme souffrir les caresses que je recevois de mes enfants ; il pretendoit que cela ne pouvoit que leur nuire, qu’on leur pouvoit tesmoigner de la tendresse en mille autre manieres. J’eus plus de peine à me rendre à ce dernier avis ; mais je trouvay dans la suite qu’il avoit autant de raison sur cela que sur tout le reste, et je connus par experience que je faisois bien de m’y soumettre.

Tout cela se passoit dans le domestique ; mais environ trois mois avant sa mort Dieu voulut luy donner une occasion[1] de faire paroistre au dehors le zele qu’il luy avoit donné pour la pureté. Car, comme il revenoit un jour de Saint-Sulpice où il avoit entendu la Ste Messe, il vint à luy une fille[2] agee d’environ quinze ans, qui luy demanda l’aumosne. Incontinent, il pensa au danger où elle estoit exposée ; ayant sceu d’elle qu’elle estoit de la campagne, que son pere estoit mort, que ce jour là mesme sa mere avoit esté portée à l’Hostel Dieu, en sorte que cette pauvre fille demeuroit seule et ne sçavoit que devenir, il crut que Dieu la luy avoit envoyée, et à l’heure mesme il la mena au seminaire, où il la confia aux soins d’un bon prestre à qui il donna de l’argent, et le pria de luy chercher quelque condition où elle fust en seureté. Et pour le soulager[3] [dans] ce soin, il lui dit qu’il luy enverroit des le lendemain une femme qui achetteroit des habits à cette fille, et tout ce qui seroit necessaire pour

  1. F. : « au dehors de faire paroistre. »
  2. Dans le texte de 1684 : « une jeune fille d’environ quinze ans, fort belle ».
  3. F. : de.