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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/132

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BIOGRAPHIES

complissement de son sacrifice qui se devoit faire par la mort ; il regardoit cet estat de langueur avec joye, et nous voions tous les jours qu’il en benissoit Dieu de toute l’estenduë de sa reconnoissance. Quand il nous parloit de la mort, qu’il croyoit estre plus proche qu’elle ne fut en effet dans la suite, il nous parloit tousjours en mesme temps de Jesus Christ, et il nous disoit que la mort est horrible sans Jesus Christ, mais qu’en Jesus Christ elle est aymable, sainte, et la joye du fidelle, et qu’à la verité si nous estions innocents, l’horreur de la mort seroit raisonnable, parce qu’il est contre l’ordre de la nature que l’innocent soit puni, qu’il seroit juste de la haïr pour lors, quand elle pourroit separer une ame sainte d’un corps saint, mais qu’il estoit juste de l’aimer, parce qu’elle separoit une ame sainte d’un corps impur — qu’il auroit esté juste de [la] haïr si elle rompoit la paix avec l’ame et le corps, mais non pas à cette heure qu’elle en calme la dissention irreconciliable ; qu’elle oste au corps la liberté malheureuse de pescher, qu’elle met l’ame dans la necessité bien heureuse de ne pouvoir que louër Dieu et estre avec luy dans une union eternelle — qu’il ne falloit pourtant pas condamner l’amour que la nature nous a donné pour la vie puisque nous l’avons receüe de Dieu mesme, qu’il falloit l’employer pour la mesme vie pour laquelle Dieu nous l’avoit donnée qui est une vie innocente et bien heureuse et non pas à un objet contraire — que Jesus Christ avoit aymé sa vie parce qu’elle estoit innocente, qu’il avoit apprehendé la mort, parce qu’elle arrivoit en luy à un corps agreable à Dieu, mais que, n’en estant pas de mesme de notre vie, qui est une vie de pesché, nous devions nous porter à haïr une vie qui estoit contraire à celle de Jesus Christ, à aymer et à ne pas craindre une mort qui, en finissant en nous une vie ainsy