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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/116

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BIOGRAPHIES

la suitte l’application qu’il avoit à renoncer à toutes sortes de plaisir où l’amour propre peut avoir part.

Il n’a pas eu moins de soin de pratiquer l’autre maxime qu’il s’estoit proposée, de renoncer à toutes sortes de superfluitez, qui est une suite de la premiere. Il s’estoit reduit peu à peu à n’avoir plus de tapisseries dans sa chambre, parce qu’il ne croyoit pas cela necessaire ; et d’ailleurs, n’y estant pas obligé par aucune bien seance, parce qu’il ne venoit plus le voir que des gens à qui il recommandoit[1] [sans cesse] le retranchement, et qui par consequent n’estoient pas surpris de voir qu’il vivoit de la mesme maniere qu’il conseilloit aux autres de vivre[2]. Nous avons deja remarqué qu’il s’estoit exempté de la superfluité des visites, et il ne voulut mesme voir personne du tout.

Mais comme on cherche tousjours un tresor par tout où il est, et que Dieu ne permet pas qu’une lumiere qui est allumée pour esclairer soit[3] [cachée] sous le boisseau, un

  1. Mot illisible dans le manuscrit ; nous avons comblé la lacune en nous référant au texte de 1684.
  2. Dans le texte de 1684, ces mots sont suivis de ce paragraphe, dont notre manuscrit ne contient pas l’équivalent : « Voilà comme il a passé cinq ans de sa vie, depuis trente ans jusques à trente cinq, travaillant sans cesse pour Dieu ou pour le prochain, ou pour luy mesme, en taschant de se perfectionner de plus en plus ; et on pourroit dire en quelque façon que c’est tout le temps qu’il a vecu ; car les quatre années que Dieu luy a données aprez n’ont esté qu’une continuelle langueur. Ce n’estoit pas proprement une maladie qui fut venue nouvellement, mais un redoublement de ses grandes indispositions où il avoit esté sujet des sa jeunesse. Mais il en fut alors attaqué avec tant de violence, qu’enfin il y succomba ; et durant tout ce temps là il n’a pu du tout travailler un instant à ce grand ouvrage qu’il avoit entrepris pour la religion, ni assister les personnes qui s’adressoient à luy pour avoir des avis, ni de bouche ni par escrit : car ses maux estoient si grands, qu’il ne pouvoit les satisfaire, quoy qu’il en eust un grand desir. Le renouvellement de ses maux, etc. » Voir ci-dessous, p. 81.
  3. F. : cherchée.