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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/108

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BIOGRAPHIES

est l’objet de la foy ne le sçauroit estre de la raison[1]. Ces maximes, qui lui estoient souvent reïterées par un pere pour qui il avoit une tres grande estime, et en qui il voioit une tres grande science accompagnée d’un raisonnement fort net et fort puissant, faisoient une si grande impression sur son esprit, que, quelques discours qu’il entendit faire aux libertins, il n’en estoit nullement emû ; et quoy qu’il fut fort jeune, il les regardoit comme des gens qui estoient dans ce faux principe, que la raison humaine est au dessus de toutes choses, et qui ne connaissoient pas la nature de la foy. Ainsy cet esprit si grand, si vaste et si rempli de curiosité, qui cherchoit avec tant de soin la cause et la raison de tout, estoit en mesme temps soumis à toutes les choses de la Religion comme un enfant ; et cette simplicité a regné en lui toute sa vie : de sorte que, depuis mesme qu’il se resolut de ne plus faire d’autre estude que celuy de la religion, il ne s’est jamais appliqué aux questions curieuses de la Theologie, et il a mis toute la force de son esprit à connoistre et à pratiquer la perfection de la morale Chrestienne, à laquelle il a consacré tous les talents que Dieu luy avoit donnés, n’ayant fait autre chose dans tout le reste de sa vie que mediter la loy de Dieu jour et nuit.

Mais quoy qu’il n’eust pas fait une estude particuliere de la Scolastique, il n’ignoroit pourtant pas les Decisions de l’Eglise contre les heresies qui ont esté inventées par la subtilité et l’egarement de l’esprit humain ; et c’est contre ces sortes de recherches qu’il estoit le plus animé ; et Dieu luy donna des ce temps là une occasion de faire paroitre le zele qu’il avoit pour la Religion.

  1. La phrase, dans la rédaction imprimée, contient en outre ces mots : et beaucoup moins y estre soumis.