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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/106

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BIOGRAPHIES

inventa cette machine d’arithmetique par laquelle non seulement on fait toutes sortes d’operations sans plume et sans jettons, mais on les fait mesme sans sçavoir aucune regle d’Arithmetique, et avec une seureté infaillible[1].

Cet ouvrage a esté consideré comme une chose nouvelle [dans] la nature, d’avoir reduit en machine une science qui reside toute entiere dans l’esprit et d’avoir trouvé les moyens d’en faire toutes les operations avec une entiere certitude, sans avoir besoin de raisonnement. Ce travail le fatigua beaucoup, non pas pour la pensée ny pour le mouvement, qu’il trouva sans peine, mais pour faire comprendre aux ouvriers toutes ces choses. De sorte qu’il fut deux ans à la mettre dans la perfection où elle est à present.

Mais cette fatigue et la delicatesse où se trouvoit sa santé depuis quelques années, le jetterent dans des incommodités qui ne l’ont[2] [plus quitté] ; de sorte qu’il nous a dit quelques fois que depuis l’âge de dix huit ans il n’avoit pas passé un jour sans douleur. Ses incommoditez neantmoins, n’estant pas tousjours dans une egale violence, des qu’il avoit un peu de repos et de relasche, son esprit se portoit incontinent à chercher quelque chose de nouveau.

Ce fut dans ce temps là, à l’âge de vingt trois ans qu’ayant vu l’experience de Toricelli, il inventa ensuitte et executa l’autre qu’on nomme l’experience du vuide qui prouve si clairement que tous les effets qu’on avoit attribuez jusques là à [l’horreur du] vuide sont causez par la pesanteur de l’air. Cette occupation fut la derniere où il appliqua son esprit pour les sciences humaines ; et quoy qu’il ait

  1. Vide infra, p. 293 sqq.
  2. Manuscrit de la Mazarine : pû quitter.