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Page:Œuvres de Blaise Pascal, I.djvu/100

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BIOGRAPHIES

faisoit, et il s’appliquoit precisement aux choses à quoy il falloit le plus d’application.

Apres ces connoissances, mon pere lui en donnoit d’autres ; il luy parloit souvent des effets extraordinaires de la nature, comme de la poudre à canon et d’autres choses qui surprennent quand on les considere. Mon frere prenoit grand plaisir à ces entretiens, mais il vouloit sçavoir la raison de toutes choses ; et comme elles ne sont pas toutes connuës, lors que mon pere ne les luy disoit pas, ou ne luy disoit que celles qu’on alleguoit d’ordinaire, qui ne sont proprement que des defaittes, cela ne le contentoit pas : car il a eu toujours une netteté d’esprit admirable pour discerner le faux ; et on peut dire que tousjours et en toutes choses la verité a esté le seul objet de son esprit, puisque jamais rien n’a sceu et n’a pu le satisfaire que sa connoissance. Ainsy des son enfance, il ne pouvoit se rendre qu’à ce qui luy paroissoit vray evidemment ; de sorte que, quand on ne lui donnoit pas de bonnes raisons, il en cherchoit luy mesme ; et quand il s’estoit attaché à quelque chose, il ne la quittoit point qu’il n’en eust trouvé quelqu’une qui le pust satisfaire. Une fois entre autres quelqu’un ayant, sans y penser, frappé à table un plat de fayence avec un coûteau, il prit garde que cela rendoit un grand son, mais qu’aussytost qu’on eust mis la main dessus, cela l’arresta. Il voulut en meme temps en sçavoir la cause, et cette experience le portant à en faire beaucoup d’autres sur les sons, il y remarqua tant de choses, qu’il en fit un traitté à l’âge de onze ans, qui fut trouvé tout à fait bien raisonné[1].

  1. Le jeune Biaise avait dû entendre plus d’une conversation sur la théorie des sons, entre le Pailleur et Étienne Pascal. Vide infra, p. 115 et p. 174.