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parens : non, pour l’intérêt des mœurs, pour la dignité du lien conjugal, ne souffrons pas que les fruits d’une union illicite, vienent partager avec les enfans de la loi les honneurs et le patrimoine de familles, auxquels ils sont étrangers à ses yeux ; laissons au cœur des citoyens qu’égare l’ivresse des passions, la douleur salutaire de ne pouvoir prodiguer librement toutes les preuves de leur tendresse aux gages d’un amour que la vertu n’approuve pas ; ne leur permettons pas de goûter toutes les douceurs attachées au titre de père, s’ils n’ont plié leur tête sous le joug sacré du mariage. La seule chose où l’on cherche en vain les principes de la justice et de la raison, la seule qui favorise le principe du préjugé dont il est question, c’est cette espèce de flétrissure que nous semblons attacher à la personne des bâtards, en les déclarant incapables de posséder des bénéfices. Cet usage inconnu aux premiers âges de l’Église, né dans le onzième siècle, c’est à dire au milieu des plus épaisses ténèbres de l’ignorance, ne va pas même au but qu’il semble se proposer, puisque l’indignité qu’on suppose dans les bâtards, est toujours levée par des dispenses, qui ne se refusent jamais et qui ne sont que de pure formalité. Si le bien public et l’intérêt de l’Église exigent qu’ils soient exclus des bénéfices, ces dispenses sont injustes et nulles, dans le cas contraire, elles sont absurdes et inutiles, ou plutôt elles servent à faire penser que l’on peut raisonnablement imputer aux hommes des fautes, commises dans un tems où il n’étoient point encore ; c’est cet abus trop analogue à notre préjugé qu’il faut proscrire, aussi bien que tous ceux de nos autres usages, qui peuvent retracer les mêmes idées et le même esprit.

Mais il est tems de porter un plus grand coup au préjugé, en réformant une autre institution plus déraisonnable encore.

Quel étrange spectacle se présente ici à mes yeux ! deux citoyens ont offensé la Loi ; l’un pressé par le besoin autant que par la cupidité, a osé porter des mains avides sur les trésors de son voisin opulent ; l’autre a trahi l’État, en livrant aux ennemis la florissante armée qu’il devoit conduire à la victoire : la Loi s’apprête à punir ces deux coupables ; on déploie pour le premier l’appareil d’un supplice aussi cruel qu’ignominieux ; mais l’autre, on le regarde encore d’un œil de faveur et de prédilection, l’indulgence éclate jusque dans les coups qu’on lui porte ; on a réservé pour lui une espèce de punition particulière ; on attache