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ŒUVRES COMPLÈTES DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

autre, qu’il en est la honte. On applique même cette idée à des liaisons plus générales, et parconséquent plus foibles ; on intéresse quelquefois, pour ainsi dire, à la conduite d’un particulier la gloire d’une nation ; que dis-je ? celle de l’humanité entière ; n’appelle-t-on pas un Trajan, un Antonin, l’honneur de l’espèce humaine ? ne dit-on pas d’un Néron, d’un Caligula qu’il en est l’opprobre ?

Ces expressions[1] sont de toutes les langues, de tous les temps et de tous les pays ; elles annoncent un sentiment commun à tous les peuples ; et c’est dans cette disposition naturelle, que je trouve le premier germe de l’opinion dont je cherche l’origine.

Modifié chez les différens peuples par des circonstances différentes elle a acquis plus ou moins d’empire : ici elle est restée dans les bornes que lui prescrivoient la nature et la raison ; là elle a prévalu sur les principes de la justice et de l’humanité, elle a enfanté ce préjugé terrible, qui flétrit une famille entière pour le crime d’un seul et ravit l’honneur à l’innocence même.

Vouloir expliquer en détail toutes les raisons particulières qui auroient[2] pu influer sur les progrès de cette opinion[3], ce seroit un projet aussi immense que chimérique ; je me bornerai dans cette recherche à l’examen des causes générales.

La plus puissante de toutes me paroit être la nature du gouvernement.

Dans les états despotiques, la loi n’est autre chose que la volonté du prince, les peines et les récompenses semblent être plutôt les signes de sa colère où de sa bienveillance que les suites du crime où de la vertu : lorsqu’il punit, sa justice même ressemble toujours à la violence et à l’oppression.

Ce n’est point la loi incorruptible, inexorable, mais sage,

  1. Ed. de 1785 : manières de s’exprimer
  2. qui ont.
  3. sur ses progrès.