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Page:Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau - II.djvu/648

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La bonne

Où sont vos robes de l’année passée ?


La petite

On les a défaites.


La bonne

Et pourquoi les a-t-on défaites ?


La petite

Parce qu’elles m’étaient trop petites.


La bonne

Et pourquoi vous étaient-elles trop petites ?


La petite

Parce que j’ai grandi.


La bonne

Grandirez-vous encore ?


La petite

Oh ! oui.


La bonne

Et que deviennent les grandes filles ?


La petite

Elles deviennent femmes.


La bonne

Et que deviennent les femmes ?


La petite

Elles deviennent mères.


La bonne

Et les mères, que deviennent-elles ?


La petite

Elles deviennent vieilles.


La bonne

Vous deviendrez donc vieille ?


La petite

Quand je serai mère.


La bonne

Et que deviennent les vieilles gens ?


La petite

Je ne sais.


La bonne

Qu’est devenu votre grand-papa ?


La petite

Il est mort[1].


La bonne

Et pourquoi est-il mort ?


La petite

Parce qu’il était vieux.


La bonne

Que deviennent donc les vieilles gens ?


La petite

Ils meurent.


La bonne

Et, vous, quand vous serez vieille, que…

La petite, c

Oh ! ma bonne, je ne veux pas mourir.


La bonne

Mon enfant, personne ne veut mourir, et tout le monde meurt.


La petite

Comment ! est-ce que maman mourra aussi !


La bonne

Comme tout le monde. Les femmes vieillissent ainsi que les hommes, et la vieillesse mène à la mort.


La petite

Que faut-il faire pour vieillir bien tard ?


La bonne

Vivre sagement tandis qu’on est jeune !


La petite

Ma bonne, je serai toujours sage.


La bonne

Tant mieux pour vous. Mais, enfin, croyez-vous de vivre toujours ?


La petite

Quand je serai bien vieille, bien vieille…


La bonne

Eh bien ?


La petite

Enfin, quand on est si vieille, vous dites qu’il faut bien mourir.


La bonne

Vous mourrez donc une fois ?


La petite

Hélas ! oui.


La bonne

Qui est-ce qui vivait avant vous ?


La petite

Mon père et ma mère.

  1. La petite dira cela parce qu’elle l’a entendu dire ; mais il faut vérifier si elle a quelque juste idée de la mort, car cette idée n’est pas si simple ni si à la portée des enfants que l’on pense. On peut voir, dans le petit poème d’Abel, un exemple de la manière dont on doit la leur donner. Ce charmant ouvrage respire une simplicité délicieuse dont on ne peut trop se nourrir pour converser avec les enfants.