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II. LIVRE, SCÈNES DE LA VIE DE PROVINCE.

pour l’Ordre, et la Cognette leur cuisinait un exquis souper, soit avant, soit après les expéditions résolues ou la veille, ou pendant la journée.

Pendant que madame Bridau voyageait d’Orléans à Issoudun, les Chevaliers de la Désœuvrance préparèrent un de leurs meilleurs tours. Un vieil Espagnol, ancien prisonnier de guerre, et qui, lors de la paix, était resté dans le pays, où il faisait un petit commerce de grains, vint de bonne heure au marché, et laissa sa charrette vide au bas de la Tour d’Issoudun. Maxence, arrivé le premier au rendez-vous indiqué pour cette nuit au pied de la Tour, fut interpellé par cette question faite à voix basse : — Que ferons-nous cette nuit ?

— La charrette du père Fario est là, répondit-il, j’ai failli me casser le nez dessus, montons-la d’abord sur la butte de la Tour, nous verrons après.

Quand Richard construisit la Tour d’Issoudun, il la planta, comme il a été dit, sur les ruines de la basilique assise à la place du temple romain et du Dun Celtique. Ces ruines, qui représentaient chacune une longue période de siècles, formèrent une montagne grosse des monuments de trois âges. La tour de Richard-Cœur-de-Lion se trouve donc au sommet d’un cône dont la pente est de toutes parts également roide et où l’on ne parvient que par escalade. Pour bien peindre en peu de mots l’attitude de cette tour, on peut la comparer à l’obélisque de Luxor sur son piédestal. Le piédestal de la Tour d’Issoudun, qui recélait alors tant de trésors archéologiques inconnus, a du côté de la ville quatre-vingts pieds de hauteur. En une heure, la charrette fut démontée, hissée pièce à pièce sur la butte au pied de la tour par un travail semblable à celui des soldats qui portèrent l’artillerie au passage du Mont Saint-Bernard. On remit la charrette en état et l’on fit disparaître toutes les traces du travail avec un tel soin qu’elle semblait avoir été transportée là par le diable ou par la baguette d’une fée. Après ce haut fait, les Chevaliers, ayant faim et soif, revinrent tous chez la Cognette, et se virent bientôt attablés dans la petite salle basse, où ils riaient par avance de la figure que ferait le Fario, quand, vers les dix heures, il chercherait sa charrette.

Naturellement les Chevaliers ne faisaient pas leurs farces toutes les nuits. Le génie des Sganarelle, des Mascarille et des Scapin réunis n’eût pas suffi à trouver trois cent soixante mauvais tours par année. D’abord les circonstances ne s’y prêtaient pas toujours :