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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/72

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sa raison n’a jamais été le moindrement du monde altérée. Nous sommes le jouet de quelques mauvaises gens ; cependant, je ne devine pas dans quel but a été faite cette impertinence… Vous allez voir mon petit-fils, monsieur, et vous reconnaîtrez qu’il est parfaitement sain d’esprit.

Et elle sonna de nouveau pour faire demander au baron s’il pouvait recevoir monsieur Desmarets. Le valet revint avec une réponse affirmative. Jules monta chez Auguste de Maulincour, qu’il trouva dans un fauteuil, assis au coin de la cheminée, et qui, trop faible pour se lever, le salua par un geste mélancolique, le vidame de Pamiers lui tenait compagnie.

— Monsieur le baron, dit Jules, j’ai quelque chose à vous dire d’assez particulier pour désirer que nous soyons seuls.

— Monsieur, répondit Auguste, monsieur le commandeur sait toute cette affaire, et vous pouvez parler devant lui sans crainte.

— Monsieur le baron, reprit Jules d’une voix grave, vous avez troublé, presque détruit mon bonheur, sans en avoir le droit. Jusqu’au moment où nous verrons qui de nous peut demander ou doit accorder une réparation à l’autre, vous êtes tenu de m’aider à marcher dans la voie ténébreuse où vous m’avez jeté. Je viens donc pour apprendre de vous la demeure actuelle de l’être mystérieux qui exerce sur nos destinées une si fatale influence, et qui semble avoir à ses ordres une puissance surnaturelle. Hier, au moment où je rentrais, après avoir entendu vos aveux, voici la lettre que j’ai reçue.

Et Jules lui présenta la fausse lettre.

— Ce Ferragus, ce Bourignard, ou ce monsieur de Funcal est un démon, s’écria Maulincour après l’avoir lue. Dans quel affreux dédale ai-je mis le pied ? Où vais-je ? — J’ai eu tort, monsieur, dit-il en regardant Jules ; mais la mort est, certes, la plus grande des expiations, et ma mort approche. Vous pouvez donc me demander tout ce que vous désirerez, je suis à vos ordres.

— Monsieur, vous devez savoir où demeure l’inconnu, je veux absolument, dût-il m’en coûter toute ma fortune actuelle, pénétrer ce mystère ; et, en présence d’un ennemi si cruellement intelligent, les moments sont précieux.

— Justin va vous dire tout, répondit le baron.

À ces mots, le commandeur s’agita sur sa chaise.

Auguste sonna.