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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/291

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et qui a été construit pour satisfaire la vengeance sans avoir à redouter celle de la justice, un puits plein de chaux qui s’allumerait pour te consumer sans qu’on retrouvât une parcelle de ton être. Tu resterais dans mon cœur, à moi pour toujours.

Henri regarda cette fille sans trembler, et ce regard sans peur la combla de joie.

— Non, je ne le ferai pas ! tu n’es pas tombé ici dans un piége, mais dans un cœur de femme qui t’adore, et c’est moi qui serai jetée dans le puits.

— Tout cela me paraît prodigieusement drôle, lui dit de Marsay en l’examinant. Mais tu me parais une bonne fille, une nature bizarre ; tu es, foi d’honnête homme, une charade vivante dont le mot me semble bien difficile à trouver.

Paquita ne comprit rien à ce que disait le jeune homme ; elle le regarda doucement en ouvrant des yeux qui ne pouvaient jamais être bêtes, tant il s’y peignait de volupté.

— Tiens, mon amour, dit-elle en revenant à sa première idée, veux-tu me plaire ?

— Je ferai tout ce que tu voudras, et même ce que tu ne voudras pas, répondit en riant de Marsay qui retrouva son aisance de fat en prenant la résolution de se laisser aller au cours de sa bonne fortune sans regarder ni en arrière ni en avant. Puis peut-être comptait-il sur sa puissance et sur son savoir-faire d’homme à bonnes fortunes pour dominer quelques heures plus tard cette fille, et en apprendre tous les secrets.

— Eh ! bien, lui dit-elle, laisse-moi t’arranger à mon goût.

— Mets-moi donc à ton goût, dit Henri.

Paquita joyeuse alla prendre dans un des deux meubles une robe de velours rouge, dont elle habilla de Marsay, puis elle le coiffa d’un bonnet de femme et l’entortilla d’un châle. En se livrant à ses folies, faites avec une innocence d’enfant, elle riait d’un rire convulsif, et ressemblait à un oiseau battant des ailes ; mais elle ne voyait rien au delà.

S’il est impossible de peindre les délices inouïes que rencontrèrent ces deux belles créatures faites par le ciel dans un moment où il était en joie, il est peut-être nécessaire de traduire métaphysiquement les impressions extraordinaires et presque fantastiques du jeune homme. Ce que les gens qui se trouvent dans la situation sociale où était de Marsay et qui vivent comme il vivait, savent le