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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/275

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Marsay brûlait de frôler la robe de cette séduisante fille quand ils se rencontraient dans leur promenade ; mais ses tentatives étaient toujours vaines. En un moment où il avait dépassé la duègne et Paquita, pour pouvoir se trouver du côté de la Fille aux yeux d’or quand il se retournerait, Paquita, non moins impatiente, s’avança vivement, et de Marsay se sentit presser la main par elle d’une façon tout à la fois si rapide et si passionnément significative, qu’il crut avoir reçu le choc d’une étincelle électrique. En un instant toutes ses émotions de jeunesse lui sourdirent au cœur. Quand les deux amants se regardèrent, Paquita parut honteuse ; elle baissa les yeux pour ne pas revoir les yeux d’Henri, mais son regard se coula par en dessous pour regarder les pieds et la taille de celui que les femmes nommaient avant la révolution leur vainqueur.

— J’aurai décidément cette fille comme maîtresse, se dit Henri.

En la suivant au bout de la terrasse, du côté de la place Louis XV, il aperçut le vieux marquis de San-Réal qui se promenait appuyé sur le bras de son valet de chambre, en marchant avec toute la précaution d’un goutteux et d’un cacochyme. Dona Concha, qui se défiait d’Henri, fit passer Paquita entre elle et le vieillard.

— Oh ! toi, se dit de Marsay en jetant un regard de mépris sur la duègne, si l’on ne peut pas te faire capituler, avec un peu d’opium l’on t’endormira. Nous connaissons la Mythologie et la fable d’Argus.

Avant de monter en voiture, la Fille aux yeux d’or échangea avec son amant quelques regards dont l’expression n’était pas douteuse et dont Henri fut ravi ; mais la duègne en surprit un, et dit vivement quelques mots à Paquita, qui se jeta dans le coupé d’un air désespéré. Pendant quelques jours Paquita ne vint plus aux Tuileries. Laurent, qui, par ordre de son maître, alla faire le guet autour de l’hôtel, apprit par les voisins qui ni les deux femmes ni le vieux marquis n’étaient sortis depuis le jour où la duègne avait surpris un regard entre la jeune fille commise à sa garde et Henri. Le lien si faible qui unissait les deux amants était donc déjà rompu.

Quelques jours après, sans que personne sût par quels moyens, de Marsay était arrivé à son but, il avait un cachet et de la cire absolument semblables au cachet et à la cire qui cachetaient les lettres envoyées de Londres à mademoiselle Valdès, du papier pareil à celui dont se servait le correspondant, puis tous les ustensiles et les fers nécessaires pour y apposer les timbres des postes