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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/89

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pentir jusque dans ses petits-enfants madame la marquise d’Espard, qui la première s’est éloignée de vous…

— Ah ! c’est elle !… cria Béatrix : je lui revaudrai cela.

— Pour vous venger, il faudrait reconquérir votre mari, mais je suis capable de vous le ramener, dit le jeune homme à l’oreille de la marquise.

La conversation ainsi commencée alla jusqu’à deux heures du matin sans que Calyste, dont la rage fut sans cesse refoulée par des regards de Béatrix, eût pu lui dire deux mots à part. La Palférine, qui n’aimait pas Béatrix, fut d’une supériorité de bon goût, d’esprit et de grâce égale à l’infériorité de Calyste qui se tortillait sur les meubles comme un ver coupé en deux, et qui par trois fois se leva pour souffleter La Palférine. La troisième fois que Calyste fit un bond vers son rival, le jeune comte lui dit un : — « Souffrez-vous, monsieur le baron ?… » qui fit asseoir Calyste sur une chaise, et il y resta comme un terme. La marquise conversait avec une aisance de Célimène, en feignant d’ignorer que Calyste fût là. La Palférine eut la suprême habileté de sortir sur un mot plein d’esprit en laissant les deux amants brouillés.

Ainsi, par l’adresse de Maxime, le feu de la discorde flambait dans le double ménage de monsieur et de madame de Rochefide. Le lendemain, en apprenant le succès de cette scène par La Palférine au Jockey-club où le jeune comte jouait au wisk avec succès, il alla rue de La Bruyère, à l’hôtel Schontz, savoir comment Aurélie menait sa barque.

— Mon cher, dit madame Schontz en riant à l’aspect de Maxime, je suis au bout de tous mes expédients, Rochefide est incurable. Je finis ma carrière de galanterie en m’apercevant que l’esprit y est un malheur.

— Explique-moi cette parole ?…

— D’abord, mon cher ami, j’ai tenu mon Arthur pendant huit jours au régime des coups de pied dans les os des jambes, des scies les plus patriotiques et de tout ce que nous connaissons de plus désagréable dans notre métier. — « Tu es malade, me disait-il avec une douceur paternelle, car je ne t’ai fait que du bien, et je t’aime à l’adoration. — Vous avez un tort, mon cher, lui ai-je dit, vous m’ennuyez. — Eh ! bien, n’as-tu pas pour t’amuser les gens les plus spirituels et les plus jolis jeunes gens de Paris ? » m’a répondu ce pauvre homme. J’ai été collée. Là, j’ai senti que je l’aimais.