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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/82

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cette lutte en disant à Couture un : — À demain, mon cher ?… qu’il prit en bonne part.

— Mademoiselle, dit Fabien tout bas, quand vous m’avez vu songeur à l’offre que vous me faisiez indirectement, ne croyez pas qu’il y eût chez moi la moindre hésitation ; mais vous ne connaissez pas ma mère, et jamais elle ne consentirait à mon bonheur…

— Vous avez l’âge des sommations respectueuses, mon cher, répondit insolemment Aurélie. Mais, si vous avez peur de maman, vous n’êtes pas mon fait.

— Joséphine ! dit tendrement l’Héritier en passant avec audace la main droite autour de la taille de madame Schontz, j’ai cru que vous m’aimiez ?

— Après ?

— Peut-être pourrait-on apaiser ma mère et obtenir plus que son consentement.

— Et comment ?

— Si vous voulez employer votre crédit…

— À te faire créer baron, officier de la Légion-d’Honneur, président du tribunal, mon fils ? n’est-ce pas… Écoute, j’ai tant fait de choses dans ma vie que je suis capable de la vertu ! Je puis être une brave femme, une femme loyale, et remorquer très haut mon mari ; mais je veux être aimée par lui sans que jamais un regard, une pensée, soit détourné de mon cœur, pas même en intention… Ça te va-t-il ?… Ne te lie pas impudemment, il s’agit de ta vie, mon petit.

— Avec une femme comme vous, je tope sans voir, dit Fabien enivré par un regard autant qu’il l’était de liqueurs des îles.

— Tu ne te repentiras jamais de cette parole, mon bichon, tu seras pair de France… Quant à ce pauvre vieux, reprit-elle en regardant Rochefide qui dormait, d’aujourd’hui, n, i, ni, c’est fini !

Ce fut si joli, si bien dit, que Fabien saisit madame Schontz et l’embrassa, par un mouvement de rage et de joie où la double ivresse de l’amour et du vin cédait à celle du bonheur et de l’ambition.

— Songe, mon cher enfant, dit-elle, à te bien conduire dès à présent avec ta femme, ne fais pas l’amoureux, et laisse-moi me retirer convenablement de mon bourbier. Et Couture, qui se croit riche et receveur général !