Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/77

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de l’esprit de Bixiou, du calcul de Finot, de la profondeur de Maxime et du génie de Léon de Lora.

Madame Schontz, qui tenait à paraître jeune et belle, s’arma d’une toilette comme savent en faire ces sortes de femmes. Ce fut une pèlerine en guipure d’une finesse aranéide, une robe de velours bleu dont le fin corsage était boutonné d’opales, et une coiffure à bandeaux luisants comme de l’ébène. Madame Schontz devait sa célébrité de jolie femme à l’éclat et à la fraîcheur d’un teint blanc et chaud comme celui des créoles, à cette figure pleine de détails spirituels, de traits nettement dessinés et fermes dont le type le plus célèbre fut offert si longtemps jeune par la comtesse Merlin, et qui peut-être est particulier aux figures méridionales. Malheureusement la petite madame Schontz tendait à l’embonpoint depuis que sa vie était devenue heureuse et calme. Le cou, d’une rondeur séduisante, commençait à s’empâter ainsi que les épaules. On se repaît en France si principalement de la tête des femmes, que les belles têtes font longtemps vivre les corps déformés.

— Ma chère enfant, dit Maxime en entrant et en embrassant madame Schontz au front, Rochefide a voulu me faire voir votre nouvel établissement où je n’étais pas encore venu ; mais c’est presque en harmonie avec ses quatre cent mille francs de rente… Eh bien, il s’en fallait de cinquante qu’il ne les eût, quand il vous a connue, et en moins de cinq ans vous lui avez fait gagner ce qu’une autre, une Antonia, une Malaga, Cadine ou Florentine lui auraient mangé.

— Je ne suis pas une fille, je suis une artiste ! dit madame Schontz avec une espèce de dignité. J’espère bien finir, comme dit la comédie, par faire souche d’honnêtes gens…

— C’est désespérant, nous nous marions tous, reprit Maxime en se jetant dans un fauteuil au coin du feu. Me voilà bientôt à la veille de faire une comtesse Maxime.

— Oh ! comme je voudrais la voir ?… s’écria madame Schontz. Mais permettez-moi, dit-elle, de vous présenter monsieur Claude Vignon. — Monsieur Claude Vignon, monsieur de Trailles !…

— Ah ! c’est vous qui avez laissé Camille Maupin, l’aubergiste de la littérature, aller dans un couvent ?… s’écria Maxime. Après vous, Dieu !… Je n’ai jamais reçu pareil honneur. Mademoiselle des Touches vous a traité, monsieur, en Louis XIV

— Et voilà comme on écrit l’histoire !… répondit Claude Vignon,