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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/57

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l’on élève admirablement les jeunes personnes, mais qui n’offre aux jeunes personnes ni maris ni débouchés au sortir de cette école, admirable création de l’Empereur à laquelle il ne manque qu’une seule chose : l’Empereur ! — « Je serai là, pour pourvoir les filles de mes légionnaires, » répondit-il à l’observation d’un de ses ministres qui prévoyait l’avenir. Napoléon avait dit aussi : « — Je serai là ! » pour les membres de l’Institut à qui l’on devrait ne donner aucun appointement plutôt que de leur envoyer quatre-vingt-trois francs par mois, traitement inférieur à celui de certains garçons de bureau. Aurélie était bien réellement la fille de l’intrépide colonel Schiltz, un chef de ces audacieux partisans alsaciens qui faillirent sauver l’Empereur dans la campagne de France, et qui mourut à Metz, pillé, volé, ruiné. En 1814, Napoléon mit à Saint-Denis la petite Joséphine Schiltz, alors âgée de neuf ans. Orpheline de père et de mère, sans asile, sans ressources, cette pauvre enfant ne fut pas chassée de l’établissement au second retour des Bourbons. Elle y fut sous-maîtresse jusqu’en 1827 ; mais alors la patience lui manqua, sa beauté la séduisit. À sa majorité, Joséphine Schiltz, la filleule de l’impératrice, aborda la vie aventureuse des courtisanes, conviée à ce douteux avenir par l’exemple fatal de quelques-unes de ses camarades, comme elle sans ressources, et qui s’applaudissaient de leur résolution. Elle substitua un on à l’il du nom paternel et se plaça sous le patronage de sainte Aurélie. Vive, spirituelle, instruite, elle fit plus de fautes que celles de ses stupides compagnes dont les écarts eurent toujours l’intérêt pour base. Après avoir connu des écrivains pauvres mais malhonnêtes, spirituels mais endettés ; après avoir essayé de quelques gens riches aussi calculateurs que niais, après avoir sacrifié le solide à l’amour vrai, s’être permis toutes les écoles où s’acquiert l’expérience, en un jour d’extrême misère où chez Valentino, cette première étape de Musard, elle dansait vêtue d’une robe, d’un chapeau, d’une mantille d’emprunt, elle attira l’attention d’Arthur, venu là pour voir le fameux galop ! Elle fanatisa par son esprit ce gentilhomme qui ne savait plus à quelle passion se vouer ; et, alors, deux ans après avoir été quitté par Béatrix dont l’esprit l’humiliait assez souvent, le marquis ne fut blâmé par personne de se marier au treizième arrondissement de Paris avec une Béatrix d’occasion.

Esquissons ici les quatre saisons de ce bonheur. Il est néces-