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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/549

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semblable à un oiseau qu’un reptile attire. Il apercevait le profil d’un jeune corps habillé de drap noir.

— Ah ! mademoiselle Cabirolle !… dit-il enfin.

— Eh bien, quoi ? demanda-t-elle.

Le regard de la danseuse prit la direction de celui du petit père Cardot ; et, quand elle eut reconnu le second clerc, elle fut prise d’un fou rire qui non-seulement interloqua le vieillard, mais qui contraignit Oscar à se montrer, car Florentine le prit par le bras et pouffa de rire en voyant les deux mines contrites de l’oncle et du neveu.

— Vous ici, mon neveu ?…

— Ah ! c’est votre neveu ? s’écria Florentine dont le fou rire recommença. Vous ne m’aviez jamais parlé de ce neveu-là. Mariette ne vous a donc pas emmené ? dit-elle à Oscar qui resta pétrifié. Que va-t-il devenir, ce pauvre garçon ?

— Ce qu’il voudra, répliqua sèchement le bonhomme Cardot qui marcha vers la porte pour s’en aller.

— Un instant, papa Cardot, vous allez tirer votre neveu du mauvais pas où il est par ma faute, car il a joué l’argent de son patron, cinq cents francs, qu’il a perdus, outre mille francs à moi que je lui ai donnés pour se rattraper.

— Malheureux, tu as perdu quinze cents francs au jeu ? à ton âge !

— Oh ! mon oncle, mon oncle, s’écria le pauvre Oscar que ces paroles plongèrent à fond dans l’horreur de sa position et qui se jeta devant son oncle à genoux, les mains jointes. Il est midi, je suis perdu, déshonoré… Monsieur Desroches sera sans pitié ! Il s’agit d’une affaire importante à laquelle il met son amour-propre. Je devais aller chercher ce matin au Greffe le jugement Vandenesse contre Vandenesse ! Qu’est-il arrivé ?… Que vais-je devenir ?… Sauvez-moi, par le souvenir de mon père et de ma tante !… Venez avec moi chez monsieur Desroches, expliquez-lui cela, trouvez des prétextes !…

Ces phrases étaient jetées à travers des pleurs et des sanglots qui eussent attendri les sphinx du désert de Louqsor.

— Eh bien, vieux grigou, s’écria la danseuse qui pleurait, laisserez-vous déshonorer votre propre neveu, le fils de l’homme à qui vous devez votre fortune, car il se nomme Oscar Husson ! Sauvez-le, ou Titine te renie pour son milord !