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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/546

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en sortit le billet de cinq cents francs. Il regardait Nathan, le célèbre auteur, qui se remit avec Florine à jouer gros jeu contre la banque.

— Allons, mon petit, empoignez ! lui cria Fanny-Beaupré en faisant signe à Oscar de ramasser deux cents francs que Florine et Nathan avaient pontés.

L’actrice ne ménageait pas les plaisanteries et les railleries à ceux qui perdaient. Elle animait le jeu par des lazzis qu’Oscar trouvait bien singuliers ; mais la joie étouffa ces réflexions, car les deux premiers tours produisirent un gain de deux mille francs. Oscar avait envie de feindre une indisposition et de s’enfuir en laissant là sa partenaire, mais l’honneur le clouait là. Trois autres tours enlevèrent les bénéfices. Oscar se sentit une sueur froide dans le dos, il se dégrisa complétement. Les deux derniers tours enlevèrent les mille francs de la mise en commun ; Oscar eut soif et avala coup sur coup trois verres de punch glacé. L’actrice emmena le pauvre clerc dans la chambre à coucher en lui débitant des fariboles. Mais là le sentiment de sa faute accabla tellement Oscar, à qui la figure de Desroches apparut comme en songe, qu’il alla s’asseoir sur une magnifique ottomane, dans un coin sombre ; il se mit un mouchoir sur les yeux : il pleurait ! Florentine aperçut cette pose de la douleur qui possède un caractère sincère et qui devait frapper une mime ; elle courut à Oscar, lui ôta son bandeau, vit les larmes, et l’emmena dans un boudoir.

— Qu’as-tu, mon petit ? lui demanda-t-elle.

À cette voix, à ce mot, à l’accent, Oscar, qui reconnut une bonté maternelle dans la bonté des filles, répondit : ─ J’ai perdu cinq cents francs que mon patron m’a remis pour retirer demain un jugement, je n’ai plus qu’à me jeter à l’eau, je suis déshonoré…

— Êtes-vous bête ? dit Florentine. Restez là, je vais vous apporter mille francs, vous tâcherez de tout regagner ; mais ne risquez que cinq cents francs, afin de conserver l’argent de votre patron. Georges joue crânement bien l’écarté, pariez pour lui…

Dans la cruelle position où se trouvait Oscar, il accepta la proposition de la maîtresse de la maison.

— Ah ! se dit-il, il n’y a que des marquises capables de ces traits-là… Belle, noble et richissime, est-il heureux, ce Georges !

Il reçut de Florentine les mille francs en or, et vint parier pour son mystificateur. Georges avait déjà passé quatre fois, quand Oscar vint se mettre de son côté. Les joueurs virent arriver ce nou-