Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/525

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


prenne le Code et devienne fort à ses Cours, c’est-à-dire que, quand il aura fini ses travaux d’Étude, vous lui donnerez des auteurs à lire ; enfin, il doit être sous votre direction immédiate, et j’y aurai l’œil. On veut faire de lui ce que vous vous êtes fait vous-même, un premier clerc habile, pour le jour où il prêtera son serment d’avocat. ─ Allez avec Godeschal, mon petit ami, il va vous montrer votre gîte et vous vous y emménagerez… Vous voyez Godeschal ?… reprit Desroches en s’adressant à Moreau, c’est un garçon qui, comme moi, n’a rien ; il est le frère de Mariette, la fameuse danseuse qui lui amasse de quoi traiter dans dix ans. Tous mes clercs sont des gaillards qui ne doivent compter que sur leurs dix doigts pour gagner leur fortune. Aussi mes cinq clercs et moi, travaillons-nous autant que douze autres ! Dans dix ans, j’aurai la plus belle clientèle de Paris. Ici on se passionne pour les affaires et pour les clients ! et cela commence à se savoir. J’ai pris Godeschal à mon confrère Derville, il n’était que second clerc et depuis quinze jours ; mais nous nous sommes connus dans cette grande Étude. Chez moi, Godeschal a mille francs, la table et le logement. C’est un garçon qui me vaut, il est infatigable ! Je l’aime, ce garçon ! il a su vivre avec six cents francs, comme moi, quand j’étais clerc. Ce que je veux surtout, c’est une probité sans tache ; et quand on la pratique ainsi dans l’indigence, on est un homme. À la moindre faute, dans ce genre, un clerc sortira de mon Étude.

— Allons, l’enfant est à la bonne école, dit Moreau.

Pendant deux ans entiers, Oscar vécut rue de Béthisy, dans l’antre de la Chicane, car si jamais cette expression surannée a pu s’appliquer à une Étude, ce fut à celle de Desroches. Sous cette surveillance à la fois méticuleuse et habile, il fut maintenu dans ses heures et dans ses travaux avec une telle rigidité, que sa vie au milieu de Paris ressemblait à celle d’un moine.

À cinq heures du matin, en tout temps, Godeschal s’éveillait. Il descendait avec Oscar à l’Étude afin d’économiser le feu en hiver, et ils trouvaient toujours le patron levé, travaillant. Oscar faisait des expéditions pour l’Étude et préparait ses leçons pour l’École ; mais il les préparait sur des proportions énormes. Godeschal et souvent le patron indiquaient à leur élève les auteurs à compulser et les difficultés à vaincre. Oscar ne quittait un Titre du Code qu’après l’avoir approfondi et satisfait tour à tour son patron et Godeschal, qui lui faisaient subir des examens préparatoires plus sérieux et