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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/520

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semblait parfaitement étranger aux Cardot. En ne prévoyant pas le malheur, la mère d’Oscar n’avait pas remédié à ces défauts d’attache entre Oscar et son oncle, en inspirant au marchand de l’amitié pour son neveu dès le jeune âge. Semblable à toutes les femmes qui se concentrent dans le sentiment de la maternité, madame Clapart ne se mettait guère à la place de l’oncle Cardot, elle croyait qu’il devait s’intéresser énormément à un si délicieux enfant, et qui portait enfin le nom de feu madame Cardot.

— Monsieur, c’est la mère d’Oscar, votre neveu, dit la femme de chambre à monsieur Cardot qui se promenait dans son jardin en attendant son déjeuner, après avoir été rasé, poudré par son coiffeur.

— Bonjour, belle dame, dit l’ancien marchand de soieries en saluant madame Clapart et s’enveloppant dans sa robe de chambre de piqué blanc. Eh ! eh ! votre petit gaillard grandit, ajouta-t-il en prenant Oscar par une oreille.

— Il a fini ses classes, et il a bien regretté que son cher oncle n’assistât pas à la distribution des prix de Henri IV, car il a été nommé. Le nom de Husson, qu’il portera dignement, espérons-le, a été proclamé…

— Diable ! diable ! fit le petit vieillard en s’arrêtant. Madame Clapart, Oscar et lui se promenaient sur une terrasse devant des orangers, des myrtes et des grenadiers. Et qu’a-t-il eu ?

— Le quatrième accessit de philosophie, répondit glorieusement la mère.

— Oh ! le gaillard a du chemin à faire pour rattraper le temps perdu, s’écria l’oncle Cardot, car finir par un accessit ?… ce n’est pas le Pérou ! Vous déjeunez avec moi ? reprit-il.

— Nous sommes à vos ordres, répondit madame Clapart. Ah ! mon bon monsieur Cardot, quelle satisfaction pour des pères et mères quand leurs enfants débutent bien dans la vie ! Sous ce rapport, comme sous tous les autres d’ailleurs, dit-elle en se reprenant, vous êtes un des plus heureux pères que je connaisse… Sous votre vertueux gendre et votre aimable fille, le Cocon-d’Or est resté le premier établissement de Paris. Voilà votre aîné depuis dix ans à la tête de la plus belle étude de notaire de la capitale et richement marié. Votre dernier vient de s’associer à la plus riche maison de droguerie. Enfin vous avez de charmantes petites-filles. Vous vous voyez le chef de quatre grandes familles… ─ Laisse-nous, Oscar, va voir le jardin sans toucher aux fleurs.