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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/515

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leurs, à supposer que tu fusses doué des moyens extraordinaires à l’aide desquels un jeune homme arrive promptement, soit dans le commerce, soit dans l’administration, où prendre de l’argent pour vivre et s’habiller pendant le temps qu’on emploie à apprendre son état ?

Ici la mère se livra, comme toutes les femmes, à des lamentations verbeuses : comment allait-elle faire, privée des secours en nature que la régie de Presles permettait à Moreau de lui envoyer ? Oscar avait renversé la fortune de son protecteur. Après le commerce et l’administration, carrières auxquelles son fils ne devait pas songer, faute par elle de pouvoir l’entretenir, venaient les professions privilégiées du Notariat, du Barreau, des avoués et des huissiers. Mais il fallait faire son Droit, étudier pendant trois ans, et payer des sommes considérables pour les inscriptions, pour les examens, pour les thèses et les diplômes ; le grand nombre des aspirants forçait à se distinguer par un talent supérieur ; enfin la question de l’entretien d’Oscar se représentait toujours.

— Oscar, dit-elle en terminant, j’avais mis en toi tout mon orgueil et toute ma vie. En acceptant une vieillesse malheureuse, je reposais ma vue sur toi, je te voyais embrassant une belle carrière et y réussissant. Cet espoir m’a donné le courage de dévorer les privations que j’ai subies depuis six ans pour te soutenir au collége, où tu nous coûtais encore sept à huit cents francs par an, malgré la demi-bourse. Maintenant que mon espérance s’évanouit, ton sort m’effraie ! Je ne puis pas disposer d’un sou sur les appointements de monsieur Clapart pour mon fils, à moi. Que vas-tu faire ? Tu n’es pas assez fort en mathématiques pour entrer aux Écoles Spéciales, et d’ailleurs où prendrais-je les trois mille francs de pension qu’on exige ? Voilà la vie comme elle est, mon enfant ! Tu as dix-huit ans, tu es fort, engage-toi comme soldat, ce sera la seule manière de gagner ton pain…

Oscar ne savait rien encore de la vie. Comme tous les enfants de qui l’on a pris soin en leur cachant la misère au logis, il ignorait la nécessité de faire fortune ; le mot Commerce ne lui apportait aucune idée, et le mot Administration ne lui disait pas grand-chose, car il n’en apercevait pas les résultats ; il écoutait donc d’un air soumis, qu’il essayait de rendre penaud, les remontrances de sa mère, mais elles se perdaient dans le vide. Néanmoins l’idée d’être soldat, et les larmes qui roulaient dans les yeux de